Grammaire descriptive de l'anglais: les déterminants du groupe nominal


Le fonctionnement des noms

Pour décrire la détermination d'un nom en contexte, il est nécessaire de se poser deux questions :
1 ) à quelle catégorie appartient ce nom ?
2 ) quelle est la spécificité du déterminant utilisé?
et d'y répondre de la façon la plus rigoureuse possible. Ces deux étapes ne devront jamais être négligées ni bâclées.
Dans ce premier chapitre sur la détermination nominale, nous allons d'abord observer le fonctionnement des noms en anglais, première étape à l'analyse de la détermination d'un nom dans un énoncé. Soit le début de texte suivant (TIME magazine, sepcial issue 2000-2001) :
Hard times for the Sami
The first hint of the approching reindeer is the buzz-saw roar of motorcycles. Suddenly, a 500-m-wide corral is filled with the rythmic lowing of a vast reindeer herd running at full gallop. The Lapland equivalent of cow-boys comme thundering in, bringing up the rear on motorcycles and all-terrain vehicles.
It is the reindeer roundup of the Sami, the indigenous people of the Arctic circle, who for hundreds of years have herded their reindeer down from the mountains of Norway where they have their summer pasture. Now it's time to divide the herd into smaller groups so that the families can keep track of their stock during the arduous winter that is about to begin." You should never ask a Sami how many reindeer he has," cautions Börje Allas, one of four brothers who still follow the ancient traditions of reindeer herding. "It's like asking an English man how much money he earns."
The reindeer are remarkably tame despite their huge numbers. Sami children walk among the huge pulsating herd, which divides politely to avoid stepping on humans. One point of the roundup is to identify new calves that were born during the summer season. Male reindeer, who are judged to be too tough to eat, are castrated and have their statuesque antlers removed to lessen the chance of fighting. All of this is going on while the surging herd of perhaps 2,000 reindeer are running around in circles, their eyes wide with panic.

Dans ce texte il y a les trois catégories de noms : des noms qui fonctionnent en discret (ou discontinu, comptable), d'autres qui fonctionnent en dense (continu, mais dont on peut prélever une partie, que l'on peut donc quantifier), et enfin des noms qui fonctionnent en compact (continu dont on ne peut rien prélever, que l'on ne peut pas quantifier, qui peuvent être des concepts).

1 – Fonctionnement en discret (ou discontinu, ou comptable)
Les premiers noms du texte dont le fonctionnement est discret sont motorcycles et cowboys. Ces noms font référence à des éléments séparables en unités (en occurrences) et que l'on peut dénombrer, autrement dit, ce sont des noms auxquels on peut appliquer des adjectifs cardinaux (one, two, three…). Ils fonctionnent aussi bien au singulier qu'au pluriel : a motorcycle, a cowboy.

2 – Fonctionnement des noms en dense (ou continu quantifiable)
Nous en avons ici un exemple à la dernière ligne du deuxième paragraphe : money. Dans ce texte, money fait référence à un élément continu mais dont on peut prélever une partie et dont on peut évaluer la quantité. Ce sont des noms qui fonctionnent comme milk ou sugar. Pour désigner une occurrence ou un élément unique il faudra un dénombreur : a piece of, a lump of, an article of etc…

3 – Fonctionnement des noms en compact (ou continu non quantifiable)
Le dernier mot du texte, panic, appartient à la catégorie des noms compacts : il fait référence à un élément non quantifiable et dont on ne peut appréhender des occurrences particulières. Ce sont généralement des nominalisations de verbe ou d'adjectif : courage, wisdom, patience etc…
Mais attention : un nom n'appartient pas définitivement à l'une des trois catégories. Nous pouvons prendre l'exemple de times dans le texte : ici au pluriel (il porte la marque s), il fonctionne en discret et réfère à un élément proche de les temps en français, comparable au terme époque. Il est d’ailleurs possible de dire at a time when…. Mais ce nom peut également se trouver au singulier avec un fonctionnement dense (I don't have enough time, Do you have a little time for me ?). Avec le changement de fonctionnement le nom change également de sens.

A quoi reconnait-on le fonctionnement d'un nom dans un énoncé ? En premier lieu la forme même du nom indique s'il est au singulier ou au pluriel, comme dans le texte ci-dessus : cowboys, motorcycles. Il est possible de dire lorsqu'un nom a la marque s du pluriel qu'il fait partie des noms qui fonctionnent en discret ou comptable. Lorsqu'il n'a pas de s, il devrait donc fonctionner soit en dense (continu quantifiable), soit en compact (continu non quantifiable). Pour différencier ces deux dernières catégories, il suffit alors de vérifier si un quantifieur peut leur être appliqué. Mais à regarder le texte de plus près, on se rend compte que cette méthode est loin d'être infaillible ; le nom reindeer est au singulier, puisqu'il n'a pas de s, or il s'accorde au pluriel avec le verbe be, The reindeer are remarkarbly tame…. Plus loin dans ce même texte (suite non reproduite ici) nous avons : At virtually every fire there is a reindeer that has been killed and its meet hung in the trees to await inclusion in the dinner pot. Il s'agit donc bien d'un nom qui fonctionne en discret. Mais à partir de cet énoncé, nous pouvons dire : reindeer is good, nous avons d'ailleurs plus loin dans le texte (…)and live off reindeer, où celui-ci a alors un fonctionnement dense, qui en fait une matière. Or, jamais la forme extérieure du nom ne change. Par conséquent, pour analyser le fonctionnement d'un nom, il est nécessaire de tenir compte :
de la forme du nom lui-même (cowboys)
de la façon dont l'auxilliaire ou le verbe s'accorde avec le nom si celui-ci est sujet (the reindeer are running around in circles, reindeer is good)
de la forme du déterminant (there is a reindeer, how many reindeer he has)
et éventuellement de la forme du pronom qui le remplace (their huge numbers…)
Cette remarque pose le problème de la catégorie des noms en anglais. Nous allons dresser une liste des différentes catégories selon les difficultés que cette classification pose aux francophones, puisqu'elle fait référence au réel d'une façon différente de celle à laquelle nous sommes habitués. Pour une classfication plus extensive vous pourrez vous reporter à la grammaire de P. Larreya et C. Rivière (Gammaire Explicative de l'Anglais, Longman). Les listes qui suivent ne sont pas exhaustives et ne présentent que les différences par rapport au français.

-1 – Les noms dénombrables invariables : sheep, fish, deer… tout ce que l'on pêche ou chasse — biceps, series, species — crossroads, kennels, means — craft, spacecraft, aircraft — quid (argent), stone (mesure), head (tête de bétail)— barracks, headquarters, works (usine) .

-2- Les noms indénombrables au singulier : les matières —air, mud, blood—, les états—happiness, anger, stupidity— les actions —cooking, swimming, singing— les couleurs, les langues, les jeux et sports—billiards, draughts, darts— les maladies—measles, pneumonia, mumps.

-3- Les noms indénombrables au pluriel : ils ont une forme de pluriel et s'accordent au pluriel, on ne distingue pas d'occurrences même s'ils sont quantifiables (many, a few, a lot of). Ils ont parfois un équivalent français dénombrable au singulier : archives, earnings, morals….
-4- Les noms collectifs facultatifs : ils peuvent entraîner un accord du verbe soit au singulier soit au pluriel : The government is/are.

-5- Les noms collectifs obligatoires : ce sont des noms toujours au pluriel sans en avoir la forme (cattle, police, people …)

-6- Les objets doubles : trousers, glasses, binoculars…

Une fois qu'on a déterminé à quelle catégorie le nom appartient, il est possible d'analyser son fonctionnement (dense, discret, compact) et de passer à l'analyse du déterminant lui-même.

Etude des déterminants ø, a, the
Article ø
Observation d'un texte : Introducing Peter. (Ian McEwan, The Day dreamer)
When Peter Fortune was ten years old grown up people sometimes used to tell him he was a difficult child. He never understood what they meant. He didn't feel difficult at all. He didn't throw milk bottles at the garden wall, or tip tomato ketchup over his head and pretend it was blood, or slash at his granny's ankle with his sword, though he occasionally thought of these things. (…) He went to school everyday like all other children and never made that much fuss about it. (…) Policemen never came at the front door wanting to arrest him. Doctors in white coats never offered to take him away to the madhouse.

Dans ce texte nous avons deux types de déterminations avec l'article ø : ø+nom au singulier He went to school, ø+nom au pluriel, Policemen never came at the front door. Que ø soit suivi du singulier ou du pluriel, il doit marquer une opération fondamentale retraçable dans toutes ses utilisations.
Si nous avons ø+ Ns, comme avec grown up people used to tell him… :
- Cette opération est parfois nommée extraction plurielle : tout élément correspondant à un élément de la classe grown up people, qui en a toutes les propriétés, est concerné par cet énoncé.
Avec ø+nom au singulier, deux cas se présentent :
…or tip tomato ketchup on his head and pretend it was blood. Où les noms fonctionnent en dense, ils réfèrent à des éléments dont on peut prélever une partie. Il ne s'agit pas d'une extraction plurielle mais d'un renvoi à la notion, aux propriétés de la matière désignée par le nom (la sauce tomate pourrait se voir attribuer les propriétés du sang). On ne renvoie pas à une classe toute entière mais à un élément qui a toutes les propriétés blood.
He went to school everyday: Où le nom fonctionne en compact et fait référence à un concept (pas à un bâtiment). Le concept d'éducation.

Nous voyons bien ici qu'il est essentiel de prendre en compte la catégorie à laquelle appartient le nom (discret, dense, compact). D'autre part, il est également possible de déterminer un nom qui fonctionne habituellement en discret avec l'article ø+singulier. Exemple de Thackeray cité par J.C. Souesme dans Grammaire Anglaise en Contexte : Man is destined to be a prey to woman. Man et woman renvoient à des êtres humains ayant toutes les propriétés de masculinité ou de féminité. Il n'est pris en compte aucune occurrence particulière. En français il faudra le déterminant le.
Il est également possible de catégoriser de façon différente un nom qui peut fonctionner en discret comme en compact ; nous en avons un exemple dans le texte ci-dessus avec le nom school : He could have been setting his school on fire (il est fait référence au bâtiment, il s'agit d'une occurrence de school, qui a ici un fonctionnement discret) .

L'article a
Nous reprendrons le début du texte donné pour l'article ø :
When Peter Fortune was ten years old grown-up people sometimes used to tell him he was a difficult child.
auquel nous ajouterons l'énoncé suivant extrait de la même nouvelle : It was not until he had been a grown-up himself for many years that he finally understood.
Nous voyons dans ces deux séquences que les deux noms à analyser a difficult child, a grown-up sont attributs du sujet. Ils permettent de qualifier le sujet de l'énoncé. Il est donc attribué des propriétés au référent de ce sujet : he a toutes les propriétés caractéristiques de a difficult child puis dans le deuxième énoncé de a grown-up. Le référent du sujet he correspond à une occurrence d'un élément de la classe des difficult children puis de celle des grown-ups. Peut-on tenir le même raisonnement avec l'énoncé suivant toujours extrait de la même nouvelle? People would see Peter lying on his back on a summer's afternoon, chewing a piece of grass and staring at the sky. Ici, le nom surligné grass fonctionne en dense mais est précédé du quantifieur a piece of qui permet d'isoler une occurrence d’un élément qui fonctionne en dense. Il est complément de rang 1, et complément d'objet direct du verbe chew. Il est dit qu'en situation il y a un élément qui a toutes les caractéristiques d'un élément de la classe étiquetée piece of grass.
Cette opération marquée par l'article a et qui permet de prendre en compte en situation une occurrence qui a toutes les propriétés caractéristiques d'un élément de sa classe est appelée opération d'extraction. Dans les deux premiers énoncés étudiés, il s'agit d'une extraction à valeur qualitative, puisqu'on prédique des propriétés valables pour un élément (he a toutes les propriétés de difficult child, he a toutes les propriétés de grown-up), dans le deuxième cas il s'agit d'une extraction à valeur quantitative puisqu'il s'agit de prédiquer l'existence d'une occurrence de brin d'herbe.
Voici deux exemples d’analyse :

1 – A wizard? Him? How could he possibly be? He’d spent his life being clouted by Dudley and bullied by Aunt Petunia and Uncle Vernon;(…)
‘Hagrid’, he said quietly,’I think you must have made a mistake. I don’t think I can be a wizard’.
J.K. Rowling, Harry Potter and the Philosopher’s Stone, 1997.

2 – What did the Pig-man look like? He would have little eyes, and a snout with a flat end; but would he have trotters, or hands and feet like a person’s?
J. Wain, A message from the Pig-man in Charmed Lives, 1965.

Nous avons deux exemples de détermination d’un nom par le déterminant a :
1 – a wizard
2 – a snout
Fonctionnement du nom déterminé et description de la relation prédicative :
Ces deux noms sont des dénombrables, ils fonctionnent donc en discret. Ils sont tous les deux au singulier et déterminés par a. Si nous revenons au contexte de ces énoncés, nous pouvons isoler les relations prédicatives suivantes :
<harry-be-wizard>
<Pig-man-have-snout>
L’énoncé construit à partir de la première relation prédicative est à la forme négative, le deuxième à la forme affirmative. Dans le premier énoncé, wizard est en position d’attribut du sujet après le verbe be, dans le deuxième, snout est complément d’objet direct du verbe have.
Opération fondamentale marquée par a :
A est aussi désigné par le terme marqueur d’extraction. Cela signifie que l’énonciateur indique par son utilisation qu’il y a, dans la situation décrite, un élément qui correspond exactement à un élément de la classe wizard ou snout, il en a toutes les propriétés.
Avec le déterminant one, il y aurait reprise d'un élément déjà mentionné: one snout serait un exemple de snout, ou s'opposerait à two.

L'article the
Nous prendrons le texte suivant extrait de Waiting for the Barbarians de J.M. Cotzee.
I have never seen anything like it: two little disks of glass suspended in front of his eyes in loops of wire. Is he blind ? I could understand it if he wanted to hide blind eyes. But he is not blind. The disks are dark, they look opaque from the outside, but he can see through them. He tells me they are a new invention. "They protect one's eyes against the glare of the sun," he says. "You would find them useful out here in the desert. They save one's eyes from squinting all the time. One has fewer headaches. Look", he touches the corners of his eyes lightly. "No wrinkles". He replaces the glasses. It is true. He has the skin of a younger man. "At home everyone wears them."

La première détermination par l'article the est the disks are dark, où the détermine le nom disk neutre discret au pluriel. Le nom disk est employé pour la seconde fois dans ce texte (two little disks of glass…), il s'agit donc de ce qu'on appelle une reprise, reprise contextuelle ici, puisqu'il s'agit d'un élément cité dans le contexte. The permet de déterminer un nom qui renvoie à un élément connu de l'énonciateur et du co-énonciateur. Il permet ensuite de le mettre en évidence par rapport à d'autres éléments du texte ou de la situation.
the glare of the sun
the skin of a younger man.
Nous avons à chaque fois un complément du nom en of qui permet au co-énonciateur de comprendre ce à quoi fait référence l'énonciateur. Le complément peut également être une relative (the book which is on the table). Il s'agit ici également de justifications contextuelles, l'élément déterminé par l'article the est défini par le contexte.

Il est également possible d'employer l'article the dans un énoncé généralisant.
The suivi d'un nom qui fonctionne en discret et déterminé au singulier :
- The horse is a beautiful animal
Il s'agit de prendre en compte un élément représentant de tous les éléments de sa classe avec toutes ses propriétés. Il s'oppose alors à d'autres éléments comparables, ici les animaux domestiques. Nous pouvons sous-entendre : but the cow…
Il peut également s'agir de la prise en compte d'un groupe complet en opposition à un autre groupe :

Détail d’un exemple :
Blacks expose small children to everything, they don’t protect them from the sight of fear and pain the way the whites do theirs. It is the young wife who rolls her head and cries like a child, sobbing on the breast of this relative and that.
Nadine Gordimer, The Moment before the Gun Went off.

Nous allons étudier la séquence soulignée the whites :
Description :
White est un nom de couleur plus souvent adjectif, utilisé ici comme un nom qui fonctionne en discret, il est d’ailleurs au pluriel. Il fait partie de la relation prédicative suivante :
<white-protect-child> et est déterminé par the.
A quoi sert the :
The permet de reprendre un terme (du contexte ou de la situation) déjà identifié par écrivain et lecteur, et de le mettre en évidence par rapport à d’autres éléments du contexte.
Sens de cette opération en contexte :
Ici, le nom white au pluriel réfère à un groupe et fait l’objet d’une reprise contextuelle implicite et culturelle : le terme n’a pas été utilisé en tant que tel, mais la référence aux blacks fait que whites ne peut que référer au peuple blanc. La mise en relief est en fait une opposition du groupe constitué de whites au groupe de blacks. Nous avons donc un emploi de the généralisant. Il s’agit d’attribuer une propriété différentielle au peuple blanc : they protect their children from pain.
Manipulations :
Nous aurions pu avoir le marqueur ø, il y aurait eu prise en compte des propriétés des blancs d’une part, et des noirs d’autre part. Mais nous n’aurions pas eu l’opposition d’un groupe à l’autre, essentielle au sens du texte et résultat de la valeur du marqueur de fléchage.
This et that
This et that sont des démonstratifs : ils permettent une mise en relief dont la personne qui parle est le point de repère. Ils peuvent être pronoms ou déterminants, il faudra toujours le préciser lors de l'analyse.
Soit l’énoncé suivant :
If you are reading this in mid-air over America and the cabin starts to tilt down suddenly, don't be surprised: you are just experiencing an "unstabilised approach". This is pilot-speak for when an aircraft has to swoop swiftly down to land.
The Economist, March 10th 2001.

This est deux fois pronom dans ce texte. La première fois il reprend et remplace article ou text, la deuxième fois il reprend la locution unstabilised approach. Pour expliquer le premier emploi de this ici, nous pouvons dire que ce qui est repris est un élément qui fait partie de la sphère du journaliste au moment de l'énonciation : il s'agit de l'article qu'il écrit. Cet élément lui appartient encore au moment de l'écriture, il n’est pas fini. Pour this is pilot-speak, le journaliste est en train de présenter l'élément repris par le pronom au co-énonciateur. Il en est encore en quelque sorte "possesseur". Au moment où il énonce cette occurrence de this, la présentation n'est pas close, le co-énonciateur ne possède pas tous les éléments nécessaires à la compréhension.
At deregulation in 1978, there were 250 million passengers a year; by last year that had nearly tripled to 670m, and the average fare was 40% lower in real terms.
ibid.

That également pronom ici, reprend un élément sur lequel il n'y a plus rien à ajouter. Cet élément fait autant partie de la sphère du journaliste que de celle du lecteur, ils en savent autant l’un que l’autre sur l’élément repris.
Nous voyons avec ces deux exemples, que l'analyse des emplois de this et that ne peut se réduire à dire que that détermine ou reprend tout ce qui a déjà été cité dans le contexte, et this tout ce qui est à présenter. Tout dépend de la façon dont l'énonciateur situe l'élément à déterminer par rapport à lui-même.
That peut également déterminer un élément proche de l'énonciateur dans l'espace mais dont il juge qu'il ne fait pas partie de sa sphère, c'est ce qu'on appelle la valeur péjorative de that.

Some, any et no
Some
Voici un exemple très représentatif de l'utilisation de some :
The rosy expectation that "a rising tide lifts all boats" was at best naive. The tide of globalisation is raising only some boats, and to different levels and in different ways.
Newsweek, March 2001.

Dans cet exemple-ci, some détermine le nom boats (neutre, au pluriel) à fonctionnement discret et qui a déjà été mentionné dans le contexte. Il s'agit donc d'une reprise. Some, lorsqu'il s'agit de la valeur quantitative, détermine un élément qui a déjà été mentionné, ou dont l'existence est sous-entendue dans le contexte, et dont on prélève une quantité indéterminée. Si nous revenons à l'exemple de Newsweek ci-dessus, boats est cité à la phrase précédente, il fait l'objet d'une reprise dans le contexte, et l'énonciateur utilise some pour indiquer que tous les éléments boats ne sont pas concernés. Une certaine partie seulement de ceux-ci est concernée. Il s'agit ici d'une utilisation à valeur quantitative puisqu'il est fait référence à des occurrences de l'élément boats. C'est l'utilisation la plus courante lorsque some détermine un nom à fonctionnement discret au pluriel.
La différence de sens entre les deux énoncés suivants est importante pour retenir l’opération fondamentale marquée par some :
Do you want tea or coffee ?
Do you want some coffee ?
Dans le premier cas, il s'agit de la référence à deux notions : le co-locuteur préfère-t-il une boisson ayant les propriétés du café ou celles du thé ?
Dans le deuxième cas, le café a déjà été mentionné ou est présent dans la situation d'énonciation et il est demandé au co-locuteur s'il en veut.

S'il est suivi d'un nom qui fonctionne en discret mais au singulier, il s'agit d'un emploi à valeur qualitative :
But it doesn't matter what anyone feels inside. If someone needed money desperately, or if some guy hated his mother or hated everyone and everything, if someone was totally deranged, and I was there at the wrong time, it wouldn't matter.
Lynn Tillman, Border Lines, Stories of Exile and Home, 1993.

Il ne s'agit pas ici de prendre en compte une quantité indéfinie du référent du nom guy (masculin à fonctionnement discret au singulier), mais de faire référence à un élément quelconque de la classe guy, élément qui a toutes les propriétés pour appartenir à cette classe. Contrairement à la détermination par a, il ne s'agit pas de faire correspondre une occurrence à un élément de la classe, mais de prendre en compte un élément qui a les propriétés minimales pour appartenir à cette classe.
Some, dans sa valeur qualitative, peut aussi renvoyer au haut degré; il détermine alors un élément qui, selon l'énonciateur, représente ce que l'on peut trouver de mieux dans la classe :
'He was some kind of a man'.
Orson Wells, Port de l'Angoisse.

Le haut degré peut également être utilisé dans un énoncé qui, dans le contexte, prend une tournure ironique :
Davey Cantor came past me, chasing a ball that had gone between his legs.
'Some murderers,' I grinned at him.
'You'll see,' he said as he bent to retrieve the ball.
'Sure,' I said.
Chaim Potok, The Chosen, 1966.

La glose à cet emploi pourrait être : You told me the other team were murderers, but they can't even play.
Some à valeur qualitative peut aussi déterminer un nom qui fonctionne en continu dense : That was some coffee. Dans ce cas, some porte l'accent de phrase.
Lorsque some détermine un nom qui fonctionne en continu compact, il indique la prise en compte d'un certain degré : he showed some courage. C'est un emploi à valeur qualitative. On ne quantifie pas le courage, on prend en compte la présence de certaines propriétés caractéristiques du courage.
Any
Voici deux énoncés dans lesquels any est utilisé pour déterminer des noms qui fonctionnent de façon différente :
The life, values, politics and ideas of any small town or village anywhere in the European Union feels much more like home than any small town in middle America.
Time Magazine, March 2001.

The wind became light. I don't think there was any visual awareness of this…
J. Fowles, The Maggus.

Any peut déterminer un nom qui fonctionne en discret ou en continu dense ou compact, le nom discret peut être au singulier ou au pluriel, l'énoncé peut être à la forme affirmative, interrogative ou négative.
Any indique que l'énonciateur passe en revue toutes les occurrences possibles d'un élément pour les placer toutes sur le même plan, elles sont toutes équivalentes. Avec any l'énonciateur ne fait pas de choix. C’est pour cette raison qu’il est plus fréquemment utilisé dans des énoncés à la forme interrogative ou négative :
I don’t want any wine.
Aucune quantité, si petite soit-elle ne convient. Si any est utilisé dans une question, l’énonciateur se renseigne pour savoir si le co-énonciateur désir ou possède la moindre quantité de quelque chose.
Nous reprenons les énoncés donnés en ouverture de cette partie :
any small town in the European Union, any small town in middle America : tous les villages de l'Union européenne sont sur le même plan et équivalents comme les villes au centre des Etats-Unis.
On parle ici d'emploi qualitatif de any : aucun des éléments small town ou village n'a de propriété distinctive pour être singularisé.
Any a toujours une valeur qualitative lorsqu'il précède un nom qui fonctionne en discret, au singulier.
Any visual awareness : cette fois, any détermine un nom au singulier qui fonctionne en continu compact. Il s'agit de nouveau d'un emploi à valeur qualitative : parmi toutes les propriétés passées en revue, aucune n'est relative à visual awareness.
The alleged documents of abandonment, which contain a questionnaire on whether the children have any surviving relatives, often offer contradictory reports on their family situation.
Time Magazine, March 2001.

(Cet énoncé est extrait d’un article traitant de l’avenir des orphelins rwandais).
Dans cet énoncé, any précède relative un nom masculin ou féminin qui fonctionne en discret, dont on peut compter les occurrences. Ce nom est au pluriel. Il est inséré dans la relation prédicative : <child-have-surviving relative>
Il s'agit ici d'un emploi quantitatif : le sujet de l’énoncé possède-t-il encore au moins un membre de sa famille ?
Nous aurions pu utiliser le marqueur ø, l’énoncé serait resté grammaticalement plausible. Mais le sens n’aurait pas été le même. Le marqueur ø permet un renvoi à la notion, c’est-à-dire aux propriétés constitutives du terme relative dans ce cas. Or, ici ce n’est pas le fait de savoir s’il y a un parent ou pas qui importe mais plutôt de savoir s’il reste le moindre survivant dans les familles des enfants rwandais.
A titre d'exemple, on comparera les deux énoncés suivants :
I haven't bought any coffee.
I don't buy any coffee.
Dans le deuxième exemple, il est possible et même plus courant d'introduire just devant any. Si just convient, il est alors sûr qu'il s'agit d'un emploi à valeur qualitative, on fait référence à la qualité ou au type de café. Alors que le premier est un emploi quantitatif, on fait référence à une occurrence de la matière café dans la situation.
on ne peut l'employer any dans des énoncés strictement assertifs, à moins que ces énoncés ne fassent pas référence à une situation particulière, comme dans cet exemple :
Our bodies get landed on every day. Our insides are carved up and churned over and spit out into nothing, they become nothing. Anyone can be the ennemy. Everyone is strange.
Lynn Tillman, Border Lines.

La présence du modal can implique que l'énoncé fait référence à du possible et non à un moment particulier, ce qui permet la compatibilité avec any.
Anyone knows that.
où la valeur générique du présent simple permet de référer à un ensemble de situations, référence compatible avec any.
Pour conclure sur les deux parties consacrées à some et à any, nous proposons ce dernier énoncé extrait du Lion King, le dessin animé des studios Disney. Cette réplique est prononcée par le petit lion juste après la chute mortelle de son père :
Help ! somebody! Anybody…

Il sait que normalement, en tant que fils royal il est entouré de gens, donc il peut crier somebody, some marquant une opération de prélèvement sur un groupe déjà constitué. Avec any, il signifie que n’importe quelle occurrence de body conviendrait, any indiquant qu'il accepte toutes les occurrences possibles, elles sont équivalentes. L’ironie de la situation est que finalement c’est la seule personne non désirable qui se présente pour aider : l’oncle traitre, le tigre.
No
Suite à l'analyse de any, nous pouvons comparer les différents énoncés négatifs dans lesquels any et no peuvent être employés.
Nous prendrons pour point de départ un énoncé extrait du début d'un roman de Ruth Prawer Jhabvala To Whom She Will :
Radha was annoyed : 'When they have a big car, they think they have to make a lot of noise.' Every time she rode in a tonga she felt annoyed in this way; this was because out of three sisters she was the only one who owned no motor car.

Dans cette dernière phrase, she owned no motor car, la négation porte sur la notion de voiture. Dans les possessions du référent du sujet de l'énoncé she, il n'y a rien qui ait les propriétés relatives à la notion motor car. Il n'y a aucune relation entre she et motor car.
Si nous avions eu : She didn't own a motor car.
La négation aurait porté sur l'occurrence de l'élément voiture dans la situation. Cette solution conviendrait moins bien au contexte où il est vraiment question de ce que la relation au véhicule motorisé signifie socialement. Il n'est pas question d'occurrence particulière ni des différentes possessions du référent du sujet de l'énoncé mais de la notion de voiture.
Nous pouvons également manipuler de la façon suivante : She didn't own any motor car.
Avec cette solution, il y a négation de la relation prédicative elle-même. Any marque le passage en revue de toutes les occurrences possibles de voitures pour montrer qu'elles sont toutes équivalentes et qu'aucune ne convient. Nous perdons la prise en compte de la notion de véhicule motorisé.
La comparaison des deux énoncés suivants, souvent donnée à titre d'exemple, est explicite sur ce point :
You are not a doctor.
You are no doctor
Dans le premier exemple, la négation porte sur l'appartenance du sujet de l'énoncé à la classe des docteurs.
Dans le deuxième énoncé, le sujet appartient peut-être à la classe des docteurs mais, selon l'énonciateur, il n'en a pas les propriétés. Il n'y a pas de relation entre celui-ci et la notion de docteur.

Every et each

Soit le passage suivant extrait du roman de John Irving, A prayer for Owen Meany :
LIBERACE! Owen cried, every time he saw the man; his TV show appeared ten times a week. He was a ridiculous peacock of a man with a honey-coated, feminine voice and dimples so deep that they might have been the handywork of a ball peen hammer.
'Why don't I slip out and get into something more spectacular ?' he would coo; each time, my grandmother and Owen would roar with approval, and Liberace would return to his piano, having changed his sequins for feathers.

Ces deux exemples de every et each, à peu de distance dans le même texte et déterminant le même nom, permettent une bonne illustration des deux différentes façons de signifier chacun en anglais :
every : alors que any indique que l'énonciateur considère toutes les occurrences équivalentes et qu'il n'en choisit aucune pour valider la relation prédicative, every indique que toutes les occurrences faisant partie de l'ensemble désigné sont choisies. Dans l'énoncé ci-dessus, every indique que l'énonciateur prend en compte tous les moments d'apparition de man au même titre.
Each : comme avec every toutes les occurrences sont choisies, mais il indique que l'énonciateur prend en compte chaque occurrence individuellement pour mettre en évidence sa particularité. Ci-dessus, dans each time he would coo … each indique que time recouvre un ensemble d'éléments individuables. Le sujet de l'énoncé faisait toujours la même chose, mais, selon l'énonciateur, on aurait pu attendre autre chose. Dans cet exemple, le sujet de l'énoncé faisait chaque fois comme si c'était la première fois.
De plus, ces deux marqueurs apparaissent l'un à la suite de l'autre, every avant each. En fait every permet de créer un ensemble. puis avec each, une fois l'ensemble créé, il est possible de considérer les éléments dans leur individualité.
Every convient également mieux aux énoncés généralisants et each aux énoncés faisant référence à une situation particulière.
! every, comme each, est toujours suivi d’un nom au singulier.

Les quantifieurs
Tous les quantifieurs indiquent un prélèvement sur un ensemble existant, comme some. Mais tous marquent une quantité plus précise, et il est possible de les classer en fonction de l'importance de la quantité prélevée. Seul some peut avoir une valeur qualitative.

One

There were few programs that could sustain our interest. When we watched TV alone, Owen would always say, 'I CAN JUST HEAR WHAT YOUR GRAND MOTHER WOULD MAKE OF THIS.'
Of course there is no heart—however serious— that finds the death of culture entirely lacking in entertainement; even my grandmother enjoyed one particular television show.
John Irving, A prayer for Owen Meany.

One particular television show : television show déterminé par one fait l'objet d'une reprise contextuelle. Nous avons quelques lignes plus haut : there were few programs. One est un quantifieur et il permet de prélever dans un ensemble déjà mentionné une occurrence unique. Il n'est pas question comme avec a de renvoyer à un élément ayant des propriétés particulières ou mentionné pour la première fois, mais de prendre en compte un seul élément. One est un cardinal et permet de faire référence à l'unicité:

He crammed sixty thousand dollars'worth of chinchilla onto one coat.
John Irving, A prayer for Owen Meany.

Analyse
Description :
One détermine coat, nom neutre au singulier et à fonctionnement discret inclus dans la relation prédicative : <liberace-cram-60thousand dollars-coat>.
Opération fondamentale marquée par one :
One est un quantifieur, il permet de prélever un élément dans un ensemble déjà constitué et mentionné dans le teste ou le contexte.
Valeur en contexte :
Ici, one pourrait être suivi de only. Il permet de quantifier l’élément coat et de bien signifier qu’il n’y en avait qu’un seul pour marquer la disproportion entre la somme mentionnée et l’objet de l’achat.
Manipulations
One pourrait évidemment être remplacé par le déterminant a. Mais a permet d'introduire un élément qui a toutes les propriétés manteau. Or, ici la classe des vêtements a déjà été mentionnée et c’est l’unicité du vêtement prélevé sur cette classe qui importe.
Few
Few a un fonctionnement particulier : il ne désigne pas le même type de quantité selon qu'il est lui aussi déterminé ou pas.
Nous pouvons reprendre la séquence contenant few dans l'énoncé cité pour one : there were few programs that could sustain our interest. Ici few désigne une petite quantité, signifiant peu (very few : très peu), petite quantité envisagée de façon négative, peu par rapport à ce qu'on aurait pu attendre. Si on avait eu a few, cela aurait désigné une quantité petite, mais envisagée de façon positive, signifiant quelques. Quite a few signifie par contre qu'il y en a plus qu'envisagé.
Dans tous les cas, few désigne une quantité supérieure à zéro, signifiant qu'il y a quelque chose.
Several
There have been several Real IRA bombings in Northern Ireland this year and arrests show that the group has attracted many inexperienced youths.
The Economist, March 10th 2001.

Several marque la prise en compte d'une quantité plus importante que celle marquée par few. On peut considérer qu'il marque le prélèvement de plus d'un élément.
Dans cet énoncé, several bombings est une preuve de l'importance du groupe terroriste. L'utilisation de several indique que l'énonciateur considère la quantité comme non-négligeable.
Cet exemple amène également à s'interroger sur l'emploi de many : …and arrests show that the group has attracted many inexperienced youths. Pourquoi avoir choisi many et pas a lot of ou plenty of ?

Many et much
Many et much marquent la prise en compte d'une quantité importante. Ils sont souvent employés dans des énoncés interrogatifs ou négatifs. Many détermine les noms qui fonctionnent en discret et much les noms qui fonctionnent en continu dense ou compact. Quelle différence y-a-t-il entre ces deux quantifieurs et a lot of ?
Nous pouvons introduire un deuxième exemple :
Early this year, a partially detonated bomb at an army barracks in County Londonderry would have killed many sleeping soldiers if it had exploded as planned.
The Economist, March 10th 2001.

Dans cet exemple, many signifie : plus qu'il n'est acceptable. Dans un énoncé affirmatif, many et much marquent le prélévement d'une quantité plus importante que celle qui est envisageable. C’est la raison pour laquelle ils sont plus fréquemment utilisés dans des énoncés aux formes négative ou interrogative.

Both, all, the whole
Ce sont des marqueurs qui permettent de créer ou de référer à des ensembles
Avec both, l'énonciateur parcourt un ensemble déjà constitué de deux éléments. Ainsi on pourra dire both hands, ou both of them si le groupe est déjà constitué autour d'une propriété commune. Sinon, il faudra dire the two of them. Avec all, l'énonciateur construit un ensemble autour d'une propriété commune :
The Real IRA was born in 1997, after the IRA restored its ceasefire so that Sinn Fein could be part of the negociations on power sharing in the government. Five veterans of the IRA's managing executive, all of them from south of the border, walked out. One was the quarter-master in charge of arms dumps.
The Economist, March 10th 2001.

Il est possible ici d'utiliser all puisqu'il est dit ensuite qu'ils sont tous du sud de la frontière. Le groupe se constitue autour de la propriété be from south of the border.
Employé avec un continu dense (ou du discret) et the (all the milk, all the rice) all permet de prendre en compte tout un ensemble préalablement établi mais qui n'a pas de stabilité hors de la situation à laquelle il est fait référence; il n'y a pas de contenant, l'ensemble est relatif à l'événement : he drank all the milk (tout le lait qu'il y avait à boire).
Avec the whole, enfin, l'ensemble est déjà constitué et parfois correspond à un contenant : he drank the whole bottle, he read the whole book in one night.
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