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Éloge de la bâtardise au cinéma / In praise of cinematic bastardy

28, 29 et 30 avril 2011

Mise à jour: 1er mars 2011.

Organisateurs : Sébastien Lefait (Université de Corse, CREA), Philippe Ortoli (Université de Corse, Ciclaho)

Lieu : Université Paris Ouest Nanterre La Défense

Le cinéma, né de sources aussi diverses qu’hétérogènes (la science, le spectacle populaire, la
photographie, le ludique), n’a jamais oublié ce principe originel du mélange : de fait, parce qu’elle se reflète
dans ses productions, la généalogie de son identité constitue un enjeu théorique important. Pour autant, si la
filiation « biologique » entre certaines de ses œuvres, certains de ses genres, ou certaines de ses formes a fait
l’objet de nombreuses études, qui portent notamment sur la manière dont le croisement peut être générateur de
métissage ou d’hybridité, il semble par contre que la question de la légitimité d’une filiation, intimement liée à
celle de la légitimité d’une union, ait le plus souvent été laissée de côté.
Or, un certain nombre d’œuvres récentes, dont Inglourious Basterds est le chef de file, rendent
quasiment indispensable l’étude de ce corrélat. Le film de Quentin Tarantino propose en effet une définition
du cinéma comme art de la bâtardise. Il expose, avec vigueur, une autre manière d’appréhender la circulation
de la mémoire cinématographique, à une époque où la mise à disposition rapide et permanente des œuvres,
qu’elles soient récentes ou anciennes, ainsi que la pratique de l’intertextualité à outrance rendent difficile,
voire impossible, toute approche originale, ou nécessitent pour le moins que l’on redéfinisse ce que signifie
l’originalité.

Ainsi, le fait que la citation soit devenue un lieu commun de la production contemporaine conduit
non seulement à relativiser la possibilité d’une création individuelle, mais pose également la question de la
connaissance et de la reconnaissance, notamment quand, à l’image de ce qui se produit chez Tarantino, les
films font référence à des films antérieurs considérés comme mineurs, dont les auteurs ne sont ni cités, ni donc
reconnus par une très large majorité du public (ni de la critique, d’ailleurs), si bien que le réalisateur se fait
père d’un film illégitime. Car si le cinéma est un art bâtard dans l’acception du terme qui signifie simplement
qu’il est hybride, il l’est aussi, et peut-être plus, en ce que son caractère novateur, tant sur le plan formel
que générique, a souvent résulté de relations adultérines qui, en revendiquant la lignée floue plutôt que la
succession lisible, font de l’illégitimité un fondement. Chercher simplement quel film antérieur est repris dans
une séquence revient donc à établir une sorte d’arbre généalogique précis qui ne saurait tenir compte des unions
cachées, des enfants naturels et des ancêtres oubliés qui font pourtant intrinsèquement partie de l’histoire du
cinéma.

Le but de ce colloque serait de permettre que soient que soient examinées, et peut-être réhabilitées,
ces zones d’ombre de la création et de la mémoire cinématographiques. Faire le point sur ces questions pour
s’engager sur la voie d’une approche philosophique du cinéma s’inscrit, par là, dans le cadre d’une démarche
plus globale : à travers la possibilité d’une redéfinition du septième art, repenser les mécanismes de la création.

PROGRAMME

Jeudi 28 avril 2011 – matin – salle G614

- 9h Accueil des participants.
- 9h30 Présentation du colloque par les organisateurs.

L’affirmation d’une bâtardise ontologique
Modératrice : Anne-Marie Paquet-Deyris

- 10h Mike C. Vienneau (Université du Québec), « Pour une revendication de l’impureté du cinéma : de l’hybridation au recyclage ».
- 10h30 Marco Grosoli (Université de Bologne), « Impure or bastard ? The actual place of heterogeneity in André Bazin’s writings. »
- 11h Discussion.
- 11h20 Pause.

- 11h35 Sylvain Angiboust (Aix-Marseille 1), « Films hybrides et cadres polymorphes ».
- 12h05 Anaïs Kompf (Paris 7), « Le film en version ‘suédée’. Rencontre du spectacle et du spectateur ».
- 12h35 Discussion.
- 13h Buffet.

Après-midi libre

Vendredi 29 avril 2011 – matin – salle B015

L’hybridation générique au cinéma : du croisement adultérin …
Modérateur : Dominique Sipière

- 9h Christian Viviani (Paris 1 Sorbonne), « Les genres ne font-ils que des bâtards ? »
- 9h30 Matthias Grotkopp (Université libre de Berlin), « Film genre and modality : The incestuous nature of genre exemplified by the war film ».
- 10h Drehli Robnik (Ludwig Boltzmann Institute, Vienna), « Groundless, countless, inglourious. The historicity of Italian Westerns as they reappear in films of the Austrian Avant-garde ».
- 10h30 Discussion.
- 11h Pause.

…à la bâtardise assumée
Modérateur : Gilles Ménégaldo

- 11h15 Barbara Turquier (Paris 7), « Le cinéma expérimental : un genre bâtard ? »
- 11h45 Karine Hildenbrand (Université de Nice), « Miller’s Crossing : de la référence à la bâtardise ».
- 12h15 Discussion.
- 12h45 Buffet.

Vendredi 29 avril 2011 – après-midi – salle B015

Bâtardise et origine filmique : rejetons illégitimes et dénis de paternité
Modérateur : Philippe Ortoli

- 14h Gilles Ménégaldo (Université de Poitiers), « Les ‘petits frères’ plus ou moins mal aimés : de l’hommage à la censure (Touch of Evil, The Shining, Brazil) ».

- 14h30 Joël Mak dit Mack (Docteur en histoire), « Hybridation cinématographique en situation de guerre froide (1958-1966). De quelques films du pacte de Varsovie ‘métamorphosés’ en stéréotypes culturels occidentaux ».
- 15h Michel Etcheverry (Paris 4), « Versions longues, director’s cuts et montages alternatifs chez Ridley Scott ».
- 15h30 Discussion.
- 16h Pause.

Bâtardise et origine filmique : la revendication d’une lignée floue
Modérateur : Christian Viviani

- 16h15 David Roche (Université de Bourgogne), « Les remakes des films d’horreur des années 1970-1980 et la bâtardise assumée ».
- 16h45 Martin Goutte (Lyon 2), « Adieu Gary : du métissage et des moyens d’en rendre compte ».
- 17h15 Carmen Bernand (Paris Ouest Nanterre) « Tetro, de Francis Coppola, 2009 ».
- 17h45 Discussion.
- 18h30 Apéritif.
- 20h Banquet à l’Autobus Impérial (14, rue Mondétour 75001 Paris)

Samedi 30 avril 2011 – matin – salle B016

Bâtardise et origine non-filmique : la fiction, bâtard du réel ?
Modérateur : Sébastien Lefait
- 9h30 Sarah Leperchey (Paris 1 Panthéon-Sorbonne), « Vincere, Marco Bellocchio (2009) Milk, Gus Van Sant (2009) — La biographie et l’archive : hybridation et création d’un dissensus ».
- 10h Ariane Hudelet-Dubreil (Paris 7) et Brigitte Friant-Kessler (Valenciennes), « Vertus et vertiges de la bâtardise, ou comment Winterbottom met Sterne en boîte ».

- 10h30 Discussion.
- 11h Pause.

Bâtardise et origine non-filmique : le septième (bât)art ?
Modératrice : Anne Crémieux

- 11h15 Isabelle Schmitt-Pitiot (Université de Bourgogne), « Mighty Aphrodite ou l’art impur de Woody Allen ».
- 11h45 Trudy Bolter (Bordeaux 4), « Gainsbourg-vie héroïque : le dessin bâtard ».
- 12h15 Discussion.
- 12h35 Buffet.

Samedi 30 avril 2011 – après-midi – salle B016

Penser une généalogie bâtarde du cinéma : des filiations à légitimer
Modérateur : Serge Chauvin

- 14h Céline Murillo (Paris 13), « ‘C’est un chien de race(s), il en a plusieurs’ : Gloire de l’auteur bâtard, et boursouflure citationnelle dans Ghost Dog (Jarmusch, 1999) »

- 14h30 Vincent Baticle (Paris 7), « Le film de genre à l’épreuve du cartoon : impossible mutation générique ? »
- 15h Discussion.

- 15h20 Pause.

Penser une généalogie bâtarde du cinéma : la bâtardise comme outil esthétique et critique
Modératrice : Ariane Hudelet-Dubreil

- 15h35 Erika Thomas (Faculté Libre de Lille), « Potentiel discursif de la bâtardise dans le cinéma brésilien ».
- 16h05 Claudine Le Pallec Marand (Paris 8) « Catherine Breillat et la reconsidération de la représentation de la sexualité dans le cinéma classique hollywoodien. Pour une méthode bâtarde d’esthétique de l’interprétation ».
- 16h35 Gabrielle Reiner (Paris 3), « De la dévoration du statut du matériau filmique dans le travail cinématographique de Dietmar Brehm ».
- 17h05 Discussion.

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